Vous collez un mot arabe dans Photoshop et vous obtenez ﻡ ﻼ ﺳ au lieu de سلام : à l'envers, et chaque lettre isolée. Le réflexe est de changer de police, puis de clavier, puis de chercher une « version arabe » du logiciel. Aucun des trois n'est le problème.
Ce qui se passe réellement
Deux mécanismes distincts, souvent confondus parce qu'ils cassent en même temps.
L'ordre. L'arabe s'écrit de droite à gauche, mais il est stocké dans l'ordre logique — première lettre prononcée en premier. C'est au moteur de texte de l'afficher de droite à gauche, via l'algorithme bidirectionnel Unicode. Sans lui, Photoshop pose sagement les caractères de gauche à droite : le mot sort inversé.
La liaison. Chaque lettre arabe a jusqu'à quatre formes selon sa position — isolée, initiale, médiane, finale — et se lie à sa voisine. Choisir la bonne forme est le travail d'un moteur de mise en forme. Sans lui, chaque lettre est dessinée dans sa forme isolée : ﺎ ﺑ au lieu de اب.
Une police arabe ne fait ni l'un ni l'autre. Elle fournit les dessins ; elle ne décide pas de l'ordre ni des liaisons.
Le réglage, une fois pour toutes
Dans Photoshop :
- Préférences → Texte (
Édition → Préférencessur Windows,Photoshop → Réglagessur macOS). - Section Options de texte moyen-oriental et sud-asiatique, choisissez Moyen-Orient et Asie du Sud.
- Redémarrez Photoshop. Le réglage ne s'applique pas à chaud.
- Dans le panneau Paragraphe, sélectionnez la composition Moyen-Orient, et l'alignement à droite.
- Utilisez une police qui contient réellement l'arabe — Adobe Arabic, Noto Naskh Arabic, Cairo. Une police latine n'a aucun glyphe arabe : le logiciel en substitue une autre, souvent mal.
Illustrator et InDesign : même logique, même endroit dans les préférences. C'est le même moteur de texte sous-jacent.
Deux détails qui piègent après coup
Les chiffres. Le panneau Paragraphe propose des chiffres arabes (١٢٣) ou latins (123). Le choix est stylistique et régional — le Maghreb utilise majoritairement 123, le Machrek ١٢٣. Décidez-le avant de composer, pas après.
Le kashida. La justification arabe s'obtient traditionnellement en étirant les liaisons, pas en écartant les mots. Photoshop propose un réglage de kashida dans la justification ; laissé au maximum sur un texte court, il donne des mots élastiques disgracieux.
Si le texte est déjà abîmé
C'est le cas le plus fréquent : le texte a transité par un logiciel sans support arabe, ou vient d'un PDF, et il arrive déjà inversé, déjà en formes isolées. Réactiver le moteur ne le répare pas — le mal est dans les caractères eux-mêmes.
Il faut deux opérations, dans cet ordre :
- Ramener les glyphes de présentation à leurs lettres de base. Les formes
ﺎ ﺑoccupent un bloc Unicode distinct (Arabic Presentation Forms) et ne devraient jamais se trouver dans du texte stocké. - Remettre l'ordre, en inversant aussi les parenthèses et guillemets, qui se lisent dans l'autre sens une fois la chaîne retournée.
Notre outil de réparation de texte arabe fait les deux : collez le texte abîmé, récupérez de l'arabe correct, recollez-le dans la maquette une fois le moteur activé.
Et si vous n'avez pas de clavier arabe pour saisir le texte au départ, le clavier arabe en ligne vous laisse taper en lettres latines — salam donne سلام — puis copier.
L'ordre des opérations
Activez la composition moyen-orientale, redémarrez, choisissez une police arabe, puis saisissez ou collez le texte. Dans cet ordre, rien ne casse. Un texte composé avant l'activation reste abîmé : il faut le réparer et le recoller.