écrits/blog/2026/10
● Blog16 oct. 2026·6 min

Retenue à la source saoudienne sur services : 5 % ou zéro ?

Retenue à la source saoudienne sur un prestataire étranger : pourquoi 5 % même pour un travail fait hors du Royaume, et quand la convention la ramène à zéro.

Une entreprise de Riyad confie à une société de logiciels tunisienne le développement d'un système interne pour 200 000 SAR. Toute l'équipe travaille depuis Tunis ; personne ne se rend dans le Royaume. La première facture arrive à la direction financière, qui retient 5 % et reverse 10 000 SAR à l'Autorité de la zakat, des impôts et des douanes (ZATCA) avant le dix du mois suivant.

C'est une lecture correcte du droit interne. Ce n'est pas forcément le bon montant. La convention fiscale entre l'Arabie saoudite et la Tunisie peut ramener l'impôt à zéro, et la licence logicielle incluse dans le même contrat peut en porter une partie à 15 %. La plupart des pages consacrées à la retenue à la source saoudienne s'arrêtent au tableau des taux et à une phrase indiquant que « les conventions peuvent réduire le taux ». Cet article explique ce qui se passe réellement lorsque le prestataire réside dans un pays lié au Royaume par une convention en vigueur. La Tunisie sert d'exemple parce que le texte de la convention est publié et se lit article par article.

Qui porte l'obligation, et quand elle est exigible

La retenue à la source est un impôt sur le revenu du non-résident, mais l'obligation de la prélever pèse sur le payeur. La circulaire de la ZATCA de janvier 2025 sur l'application de la retenue dans le cadre des conventions la résume en trois questions. Qui retient ? Le résident qui paie, ou un établissement stable dans le Royaume. Sur quels paiements ? Ceux visés par l'article 68 de la loi sur l'impôt sur le revenu et l'article 63 de son règlement d'application. De quelle source ? Tout paiement de source saoudienne.

Trois points échappent à beaucoup de directions financières :

  • Le lieu d'exécution n'exonère pas. La circulaire précise que les services techniques et de conseil sont soumis à la retenue « même lorsqu'ils sont entièrement exécutés à l'étranger ». La société tunisienne ne sort pas du champ interne parce qu'elle n'est jamais venue à Riyad.
  • L'échéance est le dix du mois suivant le paiement. La ZATCA la rappelle dans chaque avis mensuel ; par exemple, les déclarations de décembre 2024 étaient dues au plus tard le 10 janvier 2025.
  • La pénalité de retard est de 1 % de l'impôt impayé par période de 30 jours de retard, selon les avis de la ZATCA elle-même. Sur 10 000 SAR, 90 jours de retard coûtent 300 SAR, et le montant continue de courir tant que l'impôt reste impayé.

La retenue ne s'applique pas aux paiements entre résidents. Elle frappe ce qui sort du Royaume vers un non-résident sans établissement stable sur place.

Le barème actuel, après la modification de 1445H

La décision ministérielle n° 25 du 8/1/1445H (juillet 2023) a modifié le paragraphe 1 de l'article 63 du règlement. Les taux sont désormais :

Type de paiementTaux
Frais de gestion20 %
Redevances15 %
Services techniques ou de conseil, télécommunications internationales, loyers, billets d'avion ou fret aérien/maritime, dividendes, rendements de prêts, primes d'assurance ou de réassurance5 %
Tout autre paiement de source saoudienne15 %

Avant cette modification, les services techniques et de conseil payés à une partie liée étaient taxés à 15 %. La modification a supprimé cette distinction : ces services sont à 5 %, que le prestataire soit lié ou indépendant, et le tableau de la circulaire de 2025 affiche le même taux dans les colonnes « tiers » et « partie liée ». Si votre système comptable applique encore 15 % aux services de la maison mère, il fonctionne sur un texte qui n'existe plus.

La convention change la question : le Royaume peut-il imposer ce revenu ?

Le tableau ci-dessus relève du droit interne. La circulaire rappelle que les conventions « priment sur le droit interne » et que le Royaume en a conclu plus de 56. Quand le prestataire réside dans un pays conventionné, la première question n'est pas « quel taux ? » mais « le Royaume a-t-il le droit d'imposer ce revenu ? ».

La convention avec la Tunisie a été signée le 8 juillet 2010 et est en vigueur depuis 2013 ; son texte arabe est publié sur le site de la ZATCA. Trois dispositions tranchent la situation d'une société de services :

Article 7 (bénéfices des entreprises) : les bénéfices d'une entreprise d'un État contractant « ne sont imposables que dans cet État », sauf si elle exerce son activité dans l'autre État par l'intermédiaire d'un établissement stable qui y est situé.

Le protocole, point 2(b) : l'expression « bénéfices des entreprises » comprend expressément « la fourniture de services ». Les services ne sont pas une zone grise à interpréter : dans cette convention, ce sont des bénéfices d'entreprise.

Pas d'article sur les services techniques : certaines conventions du Royaume contiennent un article distinct sur les rémunérations de services techniques (article 12A dans les modèles), qui permet à l'État de la source de les imposer dans la limite d'un taux plafonné. La circulaire de la ZATCA traite ce cas au paragraphe 3.2.11. La convention avec la Tunisie ne comporte pas un tel article. Les services techniques et de conseil fournis par une société tunisienne sans établissement stable dans le Royaume restent donc sous l'article 7, et le droit de les imposer appartient à la Tunisie seule.

La circulaire donne elle-même un exemple presque identique au paragraphe 3.2.5 : une société résidente d'un État conventionné fournit du conseil en ligne à un résident saoudien sans constituer d'établissement stable, et le droit d'imposer revient à l'État de résidence.

Trois situations qui ramènent l'impôt dans le Royaume

Le zéro n'est pas une règle absolue. La convention précise elle-même quand le Royaume revient dans le jeu :

1. Un établissement stable de services. L'article 5(3)(b) assimile à un établissement stable la fourniture de services, y compris de conseil, par l'intermédiaire de salariés ou d'autres personnels, lorsque ces activités se poursuivent dans le Royaume « pendant une ou des périodes représentant un total de plus de six mois au cours de toute période de douze mois ». Un projet de déploiement où le prestataire envoie une équipe sur le site du client pendant sept mois n'a rien à voir avec un projet livré à distance. Les périodes se cumulent pour le même projet ou un projet connexe.

2. Une licence n'est pas un service. Lorsqu'une partie du contrat rémunère « l'usage ou la concession de l'usage » d'un droit d'auteur sur une œuvre scientifique, d'un dessin, d'une formule ou d'informations ayant trait à une expérience industrielle, commerciale ou scientifique, il s'agit d'une redevance au sens de l'article 12. Le droit interne retient 15 % sur les redevances ; la convention avec la Tunisie permet au Royaume de les imposer, mais dans la limite de 5 % du montant brut si le bénéficiaire effectif réside en Tunisie. La circulaire de la ZATCA avertit que la notion de redevance peut s'étendre à « l'utilisation de logiciels » : un contrat qui associe un développement sur mesure et la licence d'un produit standard doit séparer les deux postes dans le contrat et sur la facture, et non appliquer un taux unique au total.

3. Le freelance individuel. Si le prestataire est une personne physique indépendante (ingénieur ou comptable), c'est l'article 14 qui s'applique : le Royaume peut imposer le revenu si la personne y dispose de façon habituelle d'une base fixe, ou si elle y séjourne 183 jours ou plus au cours de toute période de douze mois.

L'exonération ne s'applique pas toute seule

C'est là que beaucoup d'entreprises se trompent dans l'autre sens : elles lisent la convention et cessent de retenir. La circulaire prévoit deux voies, et deux seulement.

La voie de « l'avantage à la source ». Le payeur (la personne tenue de retenir) demande via le portail de la ZATCA l'application directe du taux réduit ou de l'exonération, et dépose :

  • un certificat de résidence fiscale du prestataire délivré par son administration fiscale, sous la forme qu'elle utilise ;
  • une demande d'application de la convention sur les formulaires approuvés par la ZATCA ;
  • la légalisation de ces documents par l'ambassade saoudienne dans le pays du prestataire, ou une apostille à la place ;
  • un engagement du payeur résident (formulaire Q/7C) de régler tout impôt ou pénalité résultant d'informations fausses, d'une erreur de calcul ou d'une mauvaise interprétation de la convention.

Attention au dernier point : l'engagement rend le payeur saoudien, et non le prestataire, responsable d'une erreur de qualification. La ZATCA accepte une demande, ou peut la contrôler, pendant cinq ans ; au-delà, les avantages conventionnels ne peuvent plus être réclamés.

La voie du remboursement. Le payeur qui ne peut remplir les conditions de la première voie retient au taux interne, reverse l'impôt, puis demande le remboursement avec le certificat de résidence, une autorisation du prestataire permettant au payeur d'encaisser le remboursement, la demande d'application de la convention, une copie de la déclaration de retenue et la preuve du paiement, ainsi qu'une lettre certifiée par la Chambre de commerce attestant que le montant n'a jamais été remboursé, transféré ni imputé sur une autre dette.

Pour le prestataire tunisien, l'impôt retenu sans la procédure reste bloqué : la convention attribue le droit d'imposer à la Tunisie, et la voie prévue par la ZATCA pour le récupérer est la demande de remboursement dans le Royaume.

Un exemple chiffré : un contrat de 200 000 SAR

Le même contrat qu'au début, lu de quatre façons :

CasBase de calculImpôt retenuLe prestataire reçoit
Droit interne, prix incluant l'impôt5 % × 200 00010 000 SAR190 000 SAR
Droit interne, le contrat prévoit que le prestataire reçoit 200 000 nets200 000 ÷ 0,95 = 210 526,3210 526,32 SAR200 000 SAR
Convention appliquée via « l'avantage à la source », sans établissement stableArticle 7Zéro200 000 SAR
Le contrat inclut 50 000 SAR de licence d'un produit standard, convention appliquée5 % × 50 000 (plafond de l'article 12)2 500 SAR197 500 SAR

La deuxième ligne revient sans cesse dans les contrats de prestataires étrangers : une clause « prix nets de tout impôt » signifie que l'impôt se calcule sur le montant majoré, et non sur le chiffre écrit. Et si le droit interne avait été appliqué à la licence de la dernière ligne sans la convention, l'impôt aurait été de 7 500 SAR au lieu de 2 500 SAR.

La TVA est une tout autre affaire

La retenue est un impôt sur le revenu du prestataire. La TVA sur un service importé est autre chose : le client saoudien assujetti la déclare en autoliquidation au taux de 15 %, soit 30 000 SAR sur le contrat de 200 000, et elle figure dans sa déclaration de TVA. La convention n'y touche pas, puisqu'elle ne vise que les impôts sur le revenu. Vous pouvez calculer rapidement la TVA sur n'importe quel montant avec le calculateur de TVA, et vérifier les échéances et les pénalités de correction dans notre guide de la déclaration de TVA.

Si vous avez des déclarations de retenue en retard, vérifiez ce que couvre l'amnistie des amendes de la ZATCA jusqu'au 31 décembre 2026, et ce qu'elle exclut, avant de calculer ce que vous devez.

Liste de contrôle avant le premier paiement à un prestataire étranger

  1. Qualifiez chaque poste du contrat : service, licence ou frais de gestion. Un taux unique sur une facture mixte est l'erreur la plus fréquente.
  2. Vérifiez l'existence d'une convention en vigueur avec le pays de résidence du prestataire, et regardez si elle comporte un article sur les services techniques. S'il existe, attendez-vous à un taux réduit ; s'il n'existe pas, la réponse peut être zéro.
  3. Comptez les jours de présence de l'équipe du prestataire dans le Royaume sur toute période de douze mois. Au-delà de six mois, toute l'analyse change.
  4. Demandez le certificat de résidence fiscale, légalisé ou apostillé, avant le premier paiement, et non après la réclamation. L'obtenir prend du temps dans le pays du prestataire.
  5. Choisissez la voie : « avantage à la source » avec l'engagement du payeur, ou retenue intégrale suivie d'un remboursement.
  6. Reversez avant le dix du mois suivant chaque fois que la retenue est due, car la pénalité court dès le lendemain de l'échéance.

Si vous êtes de l'autre côté de la transaction, le régime tunisien de retenue à la source obéit à d'autres règles et à d'autres taux, que nous détaillons dans les taux de retenue à la source sur les achats en Tunisie.

Là où le processus casse le plus souvent

Le problème est rarement la compréhension du texte. Il casse dans la tuyauterie : le bon de commande ne porte pas le type de paiement, et le système fournisseurs ne connaît ni le pays de résidence du prestataire ni la date d'expiration de son certificat de résidence fiscale, si bien qu'un comptable applique à la main un taux fixe à chaque virement sortant. Dès que vous avez des dizaines de prestataires étrangers, la table de qualification et des conventions doit vivre dans le système, pas dans un tableur à côté. C'est le travail d'intégration de systèmes et d'API que nous réalisons : relier les données fournisseur et le type de paiement à la règle de retenue, pour que la déclaration du mois sorte des données et non de la mémoire de quelqu'un. Pour voir ce que cela donne en code, notre tutoriel sur la construction d'un moteur de retenue à la source saoudienne en TypeScript code la table des taux, la convention tunisienne, le test des six mois et la pénalité de retard, avec des tests pour chaque chiffre de cet article.

Vous voulez savoir ce que vous devriez réellement retenir sur vos prestataires étrangers ? Envoyez-nous la liste de vos prestataires non résidents, leur pays et ce qu'ils fournissent, et nous vous renvoyons un tableau indiquant pour chacun le taux interne, l'effet d'une éventuelle convention et les documents manquants pour l'appliquer. Un diagnostic gratuit et sans engagement, via notre page de contact.

Sources : Circulaire fiscale de la ZATCA : application de la retenue à la source dans le cadre des conventions de double imposition, version 1, janvier 2025 · Décisions et circulaires de la ZATCA sur la retenue à la source, dont la décision ministérielle 25 du 8/1/1445H · Convention de non double imposition entre l'Arabie saoudite et la Tunisie, ZATCA · Avis de la ZATCA sur l'échéance de la retenue et la pénalité de retard, 5 janvier 2025

Cet article est une lecture générale des textes publiés au 16 octobre 2026, et non un conseil fiscal sur un cas particulier. La qualification d'un paiement donné dépend de son contrat et de ses faits.